« Magistral (...) Il faut plusieurs visions pour épuiser la richesse du film de Christoph Hochhäusler. »
Le Monde
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> interview de C. Hochhäusler par J. Mendelbaum
« Par sa puissante cohérence esthétique et politique, Sous toi, la ville parvient à capter ce qui est en train de nous échapper : rien d'autre que la disparition du réel. »
Les Cahiers du Cinéma
« Christoph Hochhäusler signe un thriller psychologique qui épouse à merveille l’univers feutré, mais impitoyable, de la finance internationale. »
Métro
« Fort et violemment d'actualité. »
Le Petit Bulletin
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Christoph Hochhäusler est l'un des chefs de file de la Nouvelle Vague du cinéma allemand. Né en 1972 à Munich, il a étudié l’architecture à Berlin (TU) et la réalisation à Munich (HFF). Il a créé et co-publie la revue cinématographique Revolver.
Il a réalisé Le bois lacté (Milchwald , 2003), L'imposteur (Falscher Bekenner, 2005), Séance (Segment of Deutschland 09, 2009).
sous toi, la ville
Allemagne - 2010 - 1h50 - VOSTF
35 mm - 1:2,35 - Couleurs - Doly Digital SRD
Visa n° 128 224
svenja steve Nicolette Krebitz
roland cordes Robert Hunger-Bühler
oliver steve Mark Waschke
claudia cordes Corinna Kirchhoff
andrew lau Van-Lam Vissay
werner löbau Wolfgang Böck
réalisation Christoph Hochhäusler
scénario Ulrich Peltzer, Christoph Hochhäusler
montage Bernhard Keller, Stephan Stabenow
photographie Tim Pannen
une production Heimatfilm GmbH + Co. KG
en co-production avec WDR-Arte

une attirance inexplicable Lorsque la femme de Roland découvre son aventure et l’interroge à ce sujet, celui-ci répond : « Je n’ai pas de mot pour qualifier cela ». Nous nous considérons tous comme des animaux doués de raison, mais en réalité nous ne le sommes pas. L’amour peut être considéré comme une sorte d’échange, mais l’attirance est un phénomène primaire. Quand on rencontre quelqu’un, qui que ce soit, on sait immédiatement si on l’aimera ou si on le détestera. La première chose dont on a conscience, c’est notre faculté à ressentir. C’est dangereux et malgré ce qu’on croit, toute la logique du monde ne pourrait nous mettre à l’abri de l’instinct animal. Le cinéma pour moi représente ce danger sous toutes ses formes.
aspirer à son contraire Svenja et Roland ne sont pas du même milieu social et ne le seront jamais. Il fait partie de l’aristocratie et il a épousé une grande fortune pour cette seule raison. Il consacre toute sa vie au jeu du pouvoir. Quant à Svenja, son jeu à elle, c’est la vie. Elle se moque absolument du jeu de la grande finance. Il y a cette phrase célèbre de l’artiste Maurizio Nannucci qui dit : « Vous pouvez imaginer le contraire ». Cela signifie pour moi que notre contraire, notre opposé, nous suit comme une ombre, comme le
désir nihiliste d’en finir avec le confort qui nous entoure. Nous voulons arrêter de rêver, nous voulons nous réveiller. C’est un truc provocateur. Nous espérons que quelqu’un ou qu’une force contraire nous réveille, un désir d’opposé. C’est peut-être ça le cœur du film. Il s’agit en effet d’aliénation, mais aussi de son inverse, atteindre la réalité par l’amour et le corps.
un défi et un miroir Roland peut modeler le monde à sa guise, du moins pour un certain temps. Il a conscience de son attirance pour Svenja et il joue avec cela depuis le début. Mais il va être pris au dépourvu car cette aventure va l’affecter lui aussi. Ce qui est une surprise ou plus précisément un accident, c’est l’impulsion, la gravité de ses sentiments. Svenja est l’égal de Roland. C’est la seule chose qui l’intéresse chez lui. Un défi et un miroir. Ils se rejoignent sur un point, le sentiment de perte qu’ils éprouvent. Ils n’ont aucune base solide sous leurs pieds. Quelque chose les relie, mais je ne crois pas qu’ils finiront leurs jours ensemble.
suite

comment le pouvoir peut influencer l’amour Le film s’inspire dans ses grandes lignes d’une histoire tirée de la Bible, celle de David et Bethsabée, mais sous un angle capitaliste. C’était l’idée générale que j’ai présentée à mon co-scénariste Ulrich Peltzer. Quelqu’un fait usage de son pouvoir à des fins amoureuses et détruit dans le même temps cet amour. Mais ce n’a été
qu’une base de travail pour nous. Nous avons rajouté beaucoup d’autres idées. Ce que je trouve intéressant, c’est la manière dont le pouvoir peut influencer une attirance très forte qu’on appelle l’amour. Le pouvoir dépasse (ou corrompt) les idéologies, les croyances, les relations. Le pouvoir relève de l’action. Tout comme les enfants détruisent des châteaux de sable, l’amour puissant n’est rien d’autre qu’une démonstration de force.
une vie dans une maison de verre Le monde de la banque vit et travaille dans des bâtiments en verre. Le mot transparence sonne comme quelque chose de positif, mais dans la réalité il s’agit plutôt de l’idée de contrôle. Dans un bâtiment en verre, il est pratiquement impossible de s’accorder une petite sieste. Et c’est aussi ce contrôle qui provoque cet attrait vers la cupidité et la débauche. Aujourd’hui, dans notre quotidien nous sommes entourés de verre.
Le verre peut créer des illusions d’optique, car le monde semble à portée de main, mais en fait il est hors d’atteinte. La manière dont nous créons la « réalité » dans notre esprit est étroitement liée à l’activité de nos mains. Nous vérifions grâce à nos mains. Le directeur de la photographie, Tim Pannen, a donné au bureau de Roland l’illusion de quelque chose d’irréel en utilisant des tapis blancs. Ils créent un sentiment d’apesanteur lorsque du 27ème étage vous regardez la ville sous vos pieds.
la crise va finir par descendre dans la rue Pour les banquiers investisseurs, qui pensent tant à eux (et si peu aux autres), la compétition est si féroce que leurs actions paraissent justifiées à leurs yeux. Ce sont des guerriers, ou plus précisément des mercenaires, tout à fait conscients du fait que leurs agissements peuvent tuer des compagnies, des pays etc. Ce qui dérange, ce sont les répercussions grandissantes sur la vie de tous les jours. Voici une phrase qui a joué un rôle pour la fin du film : « La crise va finir par descendre dans la rue ». C’est une menace et un message d’espoir à la fois. Ce qui arrive n’est pas sans importance, chaque chose entraîne des conséquences auxquelles personne ne peut échapper indéfiniment.